"Tu sais, quand on brandit un cocktail Molotov, on dit au secours. On n'a pas les mots pour exprimer ce qu'on ressent ; on sait juste parler en mettant le feu." Bilal, 21 ans: "Aujourd'hui, j'ai été contrôlé deux fois. Les flics m'ont plaqué au sol en me plantant un flash-ball [arme de poing à balles en caoutchouc] dans la gueule et m'ont insulté." Aussi ne comprennent-ils pas que le gouvernement consacre "des millions d'euros pour équiper la police quand il refuse de donner un sou pour ouvrir un local de jeunes" . Youssef et sa bande ne sont pas dupes. Ils savent combien la violence qu'ils déchaînent leur porte préjudice. "On n'est pas des casseurs, on est des émeutiers" , se défendent-ils. "On se rassemble tous, pour faire entendre notre révolte" , assurent-ils.
Et d'énoncer leur mal-vivre. "Dans la bande, on est tous au chômage, en fin de droits" , déplore Nadir, 24 ans. Comme les autres, il a arrêté sa scolarité à 16 ans après avoir échoué au BEP d'électrotechnique. Depuis, il n'a connu que des petits boulots de manutentionnaire, à charger des palettes. "De toute façon, que veux-tu qu'on fasse d'autre ?" , se résigne-t-il. "Sur 100 CV que j'ai envoyés, j'ai eu trois entretiens. Même avec du piston, on me refoule" , constate-t-il, dépité. Pour eux, l'école n'a jamais servi à rien.
Le Monde 7 nov 2005 Yves Bordenave et Mustapha Kessous
Questions :
-Quelles sont les raisons principales qui ont déclenché les émeutes ?
-Quel est le principal problème rencontré par les jeunes de banlieue ?
-La Suède a-t-elle connu des problèmes de violence civile ?
-Que s'est-il passé en France depuis les années 60 pour qu'un tel problème surgisse ?
-Quelles politiques peuvent être envisagées pour tenter de lutter contre la ségrégation spatiale et raciale ?