Une nuit avec des "émeutiers" qui ont "la rage"
Dimanche 6 novembre : 20 heures. Abdel, Bilal, Youssef, Ousman, Nadir et Laurent se retrouvent au pied de la barre de dix étages de la cité "112" à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). "C'est malheureux, mais on n'a pas le choix" , lâche Nadir. Depuis dix jours, le scénario se reproduit quotidiennement. La petite bande de cette cité HLM de la rue Hélène-Cochennec, qui abrite plus d'un millier de locataires, a envie "de tout casser" . Voitures, entrepôts, gymnases sont les cibles de cette colère qui ne répond à aucun mot d'ordre, à aucune organisation.
Laurent, 17 ans, le benjamin de la bande, prétend avoir "cramé" une Peugeot 607, à deux pas d'ici, il y a tout juste deux heures. Pour eux, rien de plus simple. Il suffit d'une bouteille en verre remplie d'essence, d'un chiffon en guise de mèche, de briser l'une des vitres et de jeter le cocktail à l'intérieur : en deux minutes, le véhicule s'embrase, quand il n'explose pas. Pourquoi brûler ces voitures qui, le plus souvent, appartiennent à leur entourage ? "On n'a pas le choix. On est prêts à tout sacrifier puisqu'on n'a rien , se justifie Bilal.
Le Monde 7 nov 2005 Yves Bordenave et Mustapha Kessous